Mal de mère
Tu me contes ta terre comme un délice caché au fond de toi
De ces rites berbères et de ces moments de joie
De ces plaines et de ces jardins d’autrefois
Qui ont embellis tes souvenirs
Avec à chaque fois la même larme et le même sourire
Tu me décris ton enfance et toute cette insouciance
Où tu jouais près des rivières sous forme de résistance
Tu me chantes les chansons
Que tu chantais à la maison
Tu me danses la manière de s’affirmer
Tu me jures d’y retourner pour mourir
Et avec chaque fois la même larme et le même sourire
Abreuves-moi encore de ton sein !
Ne laisse pas s’endormir les torts !
Nourris moi encore de cette force !
Ne laisse pas s’assombrir les chemins !
Tes souvenirs te rendent si belles et si mère encore
Que je m’accroche à chacun d’eux
Tu me narres les ragots, les mariages et les badauds
Tu me cuisines ce parfum qui me donne tant faim
Et avec chaque fois la même larme et le même sourire
Tu me nommes ceux que tu as laissés
Tu n’avais pas le choix l’exil s’est imposé
Ta pensée s’évade mais tes bras me serrent
Moi la rescapée de tant de misères
Tes yeux brillent comme des étoiles
Incrustés d’une demi-lune
Et toujours et encore la même larme et le même sourire.
Kabylie
Kabylie,
Tel un prénom féminin aux senteurs infinies
Ta beauté domine le pays
Ta fierté surplombe la prairie
Les vallées et les plaines fleuries
Et ton écho retentit jusqu'ici
Par tout cela, tu nous réunis
​
Kabylie,
Tes femmes sèment la vie
Femmes résistantes,
Belles, si belles et re-belles
Femmes insoumises
Dans leurs robes aux couleurs fleuries
Sur ta terre, elles puisent leur énergie
Leur dignité, et leur espoir nous embellit
Kabylie,
Tu pleures tes enfants partis
Dans la souffrance et le mépris
Tu chantes la lumière
Pour tes petits-enfants éblouis
Tu nous désaltère de ton courage
Pour ne pas tomber dans l'oubli
Par tout cela, tu nous justifies
Kabylie,
En mémoire de nos souvenirs,
Dans nos coeurs ton prénom s'inscrit
Toi la mère patrie.
Le Trésor caché
Dans la prairie de ton âme
je suis venue te délivrer
j’y ai trouvé un tas de larmes
que j’ai voulu sécher
j’y ai frayé un chemin
parmi les quelques fleurs fanées
et j’y ai bu ton vin
et le miel de tes pensées
j’ai soufflé sur la poussière dorée
et j’y ai vu un trésor caché
d’une petite voix j’ai susurré
“ouvre donc ce coffre
ouvre donc, je te donne la clé”.
Dans la prairie de ton âme
je suis venue te chercher
j’y ai parcouru des livres
et des objets archivés
j’y ai vu ton miroir brisé
par l’absence et le regret
enveloppé de tissus de velours
aux couleurs ocres, ambre et violet
j’y ai vu des poissons qui suffoquaient
et des perles de nacre éparpillées
d’une petite voix j’ai susurré
“ouvre donc ce coffre
ouvre donc, je te donne la clé”.
Dans la prairie de ton âme
j’ai amassé des rubis incrustés
comme des coquillages sur un rocher
j’y ai découvert un champ de coquelicots
qui s’est mis à chanter
une colombe est apparue
émerveillée par tant de beauté
la sonate a retentit
jusqu’au ciel de tes yeux
mais très vite ils se sont refermés
et des larmes se sont versées
d’une petite voix j’ai susurré
“ouvre vite ce coffre
ouvre vite, je te donne la clé”.
Le Cri
Otez-moi ce cri
nidifié au fond de moi
qui blanchit sans cesse mes nuits
et affecte mon émoi
Otez-moi ce cri
que je ne peux plus retenir
qui asphyxie toute ma vie
et m’empêche de m’épanouir
Otez-moi ce cri
étouffé au fond de moi
sourd et bruyant à la fois
qui oppresse et étrangle ma voix
Otez-moi ce cri
qu’on me libère où qu’on me noie
mes jours sont comptés dans l’envie
je suffoque, j’étouffe parfois
Otez-moi ce cri
délivrez-moi ou tuez-moi
je ne vais pas rester ainsi définie
sans vous montrer mon vrai moi
Otez-moi ce cri
libérez-moi de ce poids
en écho il retentit
m'inondant de désarroi
Otez-moi ce cri
incrusté sur les parois
comme une huître sur un rocher
une perle est cachée au fond je crois.